Marseille-Provence 2013 : https://www.marseille.fr/international/capitale-européenne-de-la-culture
En faisant don à la ville d'Istres des œuvres réunies dans cet ouvrage, Danielle Souanin a lié pour toujours son destin à celui de notre communauté.
Cet acte, dont je lui suis reconaissant, en mon nom personnel et au nom de tous les istréens, illustre une dimension présente dans nombre de ses travaux : la transmission.
Transcendant toutes les générations, rayonnant d'une éternelle jeunesse, Danielle Souanin nous donne à voir et à ressentir un parcours jalonné de souffrances, de convictions parfois même de combats. Artiste pluridisciplinaire, à laquelle on ne peut attacher d'étiquette restrictive, elle est avant tout le peintre et le sculpteur de l'Humain, oscillant de l'obscur à la lumière, questionnant les opposés, revisitant les matières.
Après des collaborations et des expositions réussies, qui ont marqué la vie culturelle istréenne, avec en point d'orgue le grand évènement Marseille-Provence 2013, je suis fier d'acceuillir pour toujours dans le patrimoine istréen une partie de l'œuvre de Danielle Souanin et souhaite que l'énergie incroyable qu'elle dégage rejaillisse éternellement et soit partagée par les générations futures qui pourront le découvrir.
François Bernardini, extrait des Cahiers de la Donation.
Maire d'Istres, Président du Conseil de Territoire Istres-Ouest Provence, Vice-Président de la Métropole Aix-Marseille-Provence.
Danielle Souanin, Marseille-Provence 2013. Photographie Docteur Sylvie Brice.
© ADAGP, Paris, 2026.
" Mais il y a dans l'art une mystification permanente, dans la mesure où la technique qui se veut au service de l'expression, se révèle comme l'expression elle-même. Ce que j'entends par là est simple : l'Art comme expression d'une vérité humaine est une figuration des sentiments et des rapports entre les êtres, entre les êtres et le cosmos ou Dieu. Mais dès que les techniques d'expression l'emportent sur la clarté du message, nous nous trouvons dans l'ordre des choses qui n'ont plus de sens qu'en elles-mêmes, c'est-à-dire dans l'odre de la sensation pure. Et cette sensation laisse le vide dans l'âme ".
Jean Mourges, Le Choix de l'Homme.
La Provence, 20 mai 2013. Article de Patrick Merle
La gardienne, 1992. Polystyrène et plâtre, 207 x 120 cm. Photographie Jérôme Aubanel, Roanne. Création Danielle Souanin.© ADAGP, Paris, 2026.
La gardienne, 1992. Polystyrène et plâtre, patine bronze, 207 x 120 cm. Collection Ville d’Istres. Création Danielle Souanin. © ADAGP, Paris, 2026.
KATMANDOU, 1993, plâtre, 230 x 57 x 57 cm.
Les vénitiennes, 2001. Plâtre, 110 x 62 cm.
Discours prononcé par Olivier George Pagès le 4 juin 2012, à l’occasion de l’exposition d’oeuvres de Danielle Souanin à Saint-Sulpice d’Istres.
Pour vous parler de Danielle Souanin je suis obligé de parler aussi de moi, qui étais sculpteur, peintre et enseignant.
Comme tous les enfants j’avais déjà été fasciné par les petites images, même les timbres-poste puis les illustrations de Jules Verne aux éditions de Hetzel. Plus tard dans les musées, je me suis plongé avec délices dans l’univers historique, religieux et théâtral, surtout depuis la Renaissance, légendes ou fables devenues exotiques. Je trouve dans la peinture d’aujourd’hui, l’image et les idées d’une réalité présente dans les arts plastiques que l’on en est réduit à qualifier de post moderne….par défaut ! Cela m’oblige à me situer vis-à-vis des artistes pour les suivre parfois sur leur terrain. L’oeuvre de Danielle Souanin exigeait un effort imprévu. Elle m’intriguait, me dépaysait… mais cela ne m’était pas désagréable !
Cette fois il fallait suivre, intégrer les éléments de son problème jusqu’à prévoir son virage vers la sculpture et m’en réjouir. »
« Voir c’est aussi reconnaître le moment où une perception résonne dans le corps ».
Alexandre Holleau
Comme une héroïne de roman
On célèbre le centenaire de la naissance de Lawrence Durrell, écrivain et peintre irlandais, auteur du « quatuor d’Alexandrie » : portrait d’une ville et d’une femme en quatre romans simultanés - Justine, Balthazar, Mountolive et Cléa – par quatre personnes différentes (Durrell né aux Indes, mobilisé au Caire de 1946 à 1952, est mort à Nîmes). Aujourd’hui mon problème est aussi de vous parler d’une femme, d’une artiste, en me démultipliant....
Notre première rencontre
C’était en haut d’une tour de la faculté de Jussieu, dans la salle d’une commission où l’on traitait d’une didactique des disciplines. Le rectorat organisait une rencontre entre enseignants du Classique et du Technique pour harmoniser les inspections. Le professeur du Classique étant absent, un responsable inconnu décida que nous parlerions de... Watteau !
Une seule personne s’était « excentrée » ce qui impliquait qu’elle ne prendrait pas la parole, et pour moi ce fut un défi et j’ai décidé de me faire comprendre d’elle aussi et de ne pas nous enfermer dans un jargon syndicalo-professionnel. En fin de séance, le responsable m’a retenu et s’est présenté : je suis votre nouvel inspecteur et vous êtes tout désigné comme rapporteur de notre commission. Après la séance plénière, je pris l’ascenseur avec l’inconnue accompagnée d’une amie, une authentique psychologue, qui a décrété : « Vous deux, il faudra vous revoir, vous avez des choses à vous dire. » Danielle Souanin me tendit une invitation à son exposition, la glace était rompue
Débuts en public
Danielle Souanin exposait à Marnes-la-Coquette. Elle se disait au stade « décoratif ». Déjà professionnelle, elle s’appuyait sur des connaissances solides et surtout sur une mystique aristotélicienne, le Nombre d’Or, ces constructions géométriques que les compagnons bâtisseurs exécutaient avec un compas et une corde à treize noeuds. Elle n’était pas encore assez confiante pour s’élancer librement, et je lui ai donné mon opinion : « qu’elle se lâche, sincère et spontanée, cette culture qu’elle ne maîtrisait pas encore ne pouvait être qu’un obstacle, et qu’elle verrait plus tard à la compléter. »
Danielle Souanin avait animé un paravent de collages, photos de presse ou publicités, destiné à un café branché. « Où es-tu là-dedans ? En haut à gauche ! ». C’était donc un discours, un texte, non un tableau signé en bas. Elle accrochait notre regard, créait un parcours, cette démarche dans un espace montrait son adaptation à notre culture actuelle. Ses gestes étaient bien affranchis. La publicité procède par accroches brutales et logos sémaphores. Pas de quoi nous retenir. La vraie peinture, on s’y attarde, on y revient,une petite musique entêtante, une joie intime. Il se peut que le rideau se lève sur une scène sans parole, familière. Du Tchekhov, du Proust retrouvé ;
Vernissages : des gens que l’on rencontre, et par-dessus leur épaule on devine des toiles. Plus tard on revient voir l’accrochage, la mise en scène : progression, alternance, bouquet final ? Est-ce une étape ou un bilan ? Si on est admis à titre amical à l’ atelier, la présence de l’artiste fait obstacle à la spontanéité des réactions et curiosités. Ce que je préfère c’est quand on parle d’autre chose et que le regard est soudain accroché au mur, on se dédouble, en laissant le subconscient prendre le relais, qui reçoit sans défenses le message. J’aimais beaucoup deviner lequel de ces tableaux annonçait une direction nouvelle des recherches ou préoccupations de Danielle Souanin. Quelle satisfaction, un mois après l’avoir senti, d’accompagner en pensée l’artiste
Horizons culturels
Lorsque Danielle Souanin a dû quitter l’Algérie, c’était une rapatriée, mais c’était « sa terre » qu’elle perdait ; sa famille y était implantée depuis trois générations.
Danielle Souanin artiste, s’est décidée à partager, comme on partage un secret. Elle aussi a son oeuvre au noir, elle évoque ce « trou noir » qui est aussi son « Big-Bang ». C’est elle qui sait où sont la vie et la mort. Elle sera son propre prophète pour se baptiser. Son fis, Marc lui a demandé de ne pas trop montrer leurs malheurs, et je crois qu’elle a su les voiler discrètement sans les occulter. Parrainage masculin : Daniel survivant de la fosse aux lions.
Prenons du recul : les guerres Napoléoniennes déplacent les populations. Après Waterloo, l’Angleterre s’attaque à la Régence d’Alger qui dépendait de l’Empire Turc, dont les pirates paralysaient le commerce maritime en Méditerranée. En 1816 sa flotte attaque Alger, libère 3000 captifs, impose l’abolition de l’esclavage et la fin du piratage barbaresque. En 1830, la France prend le relais et finira par imposer sa colonisation, c’est le moment où les républicains s’agitent et ces opposants sont écartés, exilés, et certains dont les aïeux de Danielle Souanin se fixent en Afrique du Nord. 1830 c’est aussi l’époque d’un grand mouvement artistique : le romantisme, l’orientalisme, l’exotisme et le fantastique. Également celui des révolutions sociales.
Je sens bien que spontanément, consciemment ou non, Danielle Souanin est issue de cette culture républicaine, qu’elle revendique, et qui est vivante dans son oeuvre.
Danielle Souanin a pu s’épanouir pleinement dans le domaine des arts plastiques.
Adolescente, Danielle Souanin a eu sa période « Tarzan », la vallée merveilleuse et la forêt perdue, puis les lectures : Camus qui vivait en Algérie avec sa mère, et Gide qui voyageait, enfin Malraux et son aventure asiatique. Enfant on la plantait sur une table et l’habillait comme une jolie poupée. On l’admirait. Elle ne se sentait qu’un objet. « J’ai voulu devenir une personne », elle a bien relevé ce défi. Elle n’a pas attendu Simone de Beauvoir pour comprendre que la condition féminine c’était de subir le regard des autres. Après le vert paradis des amours enfantines il fallut grandir.
À Paris, après les accords d’Évian, Danielle Souanin accompagnée des deux enfants d’une première union, va rencontrer un homme exceptionnel, le Dr Jean Hartmann, qui l’épousera, auprès de qui elle retrouvera confiance.
Dans le domaine de l’art ce sera Jean Terles, un maître, enseignant aux Gobelins, qui va la soutenir. Souanin a fréquenté l’atelier du professeur Souverbie, qui dirigea les Beaux-Arts de Paris.
Des facultés exceptionnelles ? Encore faut-il les discipliner, les canaliser ! Son aisance gestuelle, son impatience exigent des techniques nouvelles : l’acrylique qui sèche vite, et la bombe à vaporiser. Elle travaille au sol, au mur, au chevalet. Pas de cocktails surréalistes, de Ready-made ou de gags style Dada. Pas non plus de hiératisme formel, des vrais tableaux. Danielle Souanin élargira son Univers comme en Asie les Taôistes : elle sera et rivière et montagne !
Alfred de Vigny dans ses Cahiers du Dr Noir nous avertit : « Plus l’esprit est fort, plus il va se perdre loin dans les catacombes des incertitudes humaines ». Au contraire Danielle Souanin réanime un réel oublié, accorde lieu et substance aux souvenirs évanouis. La conscience individuelle a explosé, l’art lui offre une voie royale vers l’Univers (elle aime parfois citer Malraux !). Aucune mythologie, aucune religion ne la séduit ni ne l’égare. Elle peut apprécier Chagall, Rouault, ou les artistes orientaux. C’est en elle-même qu’elle trouve de profondes ressources, pas la peine de chercher les clefs ailleurs. Matisse déjà disait : « Les influences, oui, mais je les ai toutes digérées ». Danielle Souanin n’est l’épigone de personne.
L’intimité même relative, avec une artiste, exige une certaine empathie, mais pour un homme il ne faut pas qu’il soit séduit. Pour résister à l’envoûtement, j’ai essayé de comprendre. J’ai commencé à lui écrire. Trente ans de correspondance. Un jour elle avoua à un critique « À un moment je me suis prise trop au sérieux ». Danielle n’écrivait pas, elle peignait et sculptait. Images contre discours, on se répondait ainsi. Ces échanges, poursuivis pendant trente années, se sont concrétisés par l’édition de trois volumes : un premier sur ses sculptures, deux autres sur ses peintures (en cours de parution).
Quand j’aurai 40 pièces derrière moi je pourrai me juger ! Souanin se sentait femme avec l’Air et l’Eau, et homme avec la Terre et le Feu, donc le courage d’oser le bronze ; Marc, fils de son premier mari, deviendra le proche collaborateur de sa mère. Leur société Les Sables Noirs éditera ses oeuvres en bronze. Il est trop tôt pour situer Danielle Souanin dans l’histoire de l’art mais son originalité mérite une place. Elle est multiple, protéiforme, peintre et plasticienne. Ce n’est pas une femme compliquée, mais ses oeuvres sont complexes.
Danielle Souanin n’a pas besoin d’un système de couleurs, elle s’attache surtout à la matière picturale dont sa jeunesse fut imprégnée. Tout ce qui avait du grain, sable, brique, terre. Les couleurs vives, elle les aime autour d’elle, pas dans sa peinture. Elle les préfère silencieuses, profondes, nuancées comme dans certaines fresques. Jamais de ton criard.
Artiste protéiforme Danielle Souanin jongla avec les couleurs de l’Orient dans ses infographies. Avec deux petits os associés en bronze, elle a crée une figurine à silhouette de Tanagra. De la magie.
Ses toiles sont l’écran sombre où apparaissent des ectoplasmes, des fantômes, un théâtre d’ombres, curieuses mais vaguement familières. Elle a réussi à jouer dans la cour des grands. Une séquence de tableaux de Danielle Souanin c’est une dramaturgie qui fait songer à une pièce d’Artaud, de Genet ou de Sartre. Commentaire de J. P. Moulinot de la Comédie Française : « Le rideau dévoile le spectateur intérieur ». Danielle Souanin est souvent dans un au-delà pathétique. On l’a même parfois trouvée ésotérique, mais elle ne s’égare pas, elle jalonne sa route. Quand elle peint des dunes et un désert, elle entend des voix Humaines de ce pays, qui franchissent l’espace, sorte de mirage phonique.
Problématique de la femme voilée
Danielle Souanin n’a pas connu sa mère, morte à sa naissance, mais élevée par sa grand-mère, elle a cultivé une figure féminine trinitaire. Le jalon manquant peut être fantasme, synthétisé. Les mystères sont à la mesure de nos ignorances. Telle figure incompréhensible de Magritte, une tête enveloppée dans un linge blanc, c’est la hantise de l’image qu’il a gardée de sa mère noyée.
Danielle Souanin a vécu en Algérie et au Maroc, elle peut donc comprendre l’évolution de la statuaire grecque où les corps étaient drapés. L’envolée de la Victoire de Samothrace à la proue d’un navire ou l’atterrissage d’une déesse à Corinthe s’exprimait par l’agitation du vêtement. Il faut attendre Praxitèle pour découvrir le corps féminin. Le film « Le Cri de la Soie » inspiré de la vie de Gaëtan de Clérambault, psychiatre et photographe, permet de deviner ce que Danielle Souanin a pu percevoir dans sa jeunesse d’une féminité secrète.
Sculpture, l’artiste femme
Danielle Souanin femme sculpteur, appartient à la génération d’après-guerre bénéficiant d’une mutation, celle de l’après Auguste Rodin : Henry Moore, capable du Monumental, s’est approprié le vide, cet espace complémentaire. Pour Danielle Souanin les creux succèdent aux reliefs comme le silence fait partie de la musique. L’École de Paris, cosmopolite, survit : Zadkine, Lipchitz, Giacometti, Gargallo et Gonzalès. Le spirituel Robert Couturier meurt centenaire en exposant au Musée Maillol.
Danielle Souanin est sculpteure avec un (e) au bout comme pour auteure. En 1982, J. L. Bayard lui adresse quinze lignes poétiques ; extrait : « Regardant je vis j’explore le bruit du regard jusqu’à la limite du regard des formes... une sculpture c’est ton autre pôle ». Roger Balavoine : « Ce peuple d’êtres indéfinissables ignorés, ébauchés, va se lever en trois dimensions et être coulé en bronze ».
Un soir, José Arthur reçoit Danielle Souanin. « Dois-je dire Madame la peintresse ? ». Il est fraîchement reçu. « Je fais de la peinture et je suis femme, voilà. Vous ne me ferez pas entrer dans une case sous une étiquette ».
Son press-book est un florilège de citations. Ainsi celle de J. Terles : « un magma de roche ignée crevait la croûte terrestre, un volcan naissait... », de R. Vrinat : « Grands formats acryliques », « allusions visionnaires », « écriture rude », et de J. P. Moulinot : « L’artiste a délivré sa création, et n’est-ce pas au hasard du regard de ses contemplateurs que son message sera saisi, sinon décrypté ».
Elle n’a pas participé aux Salons Féminins. Son accrochage au Grand Palais ? Le comité l’avait située à la marge au secteur « Support-Surface » donc à l’avant-garde.
Saint Sulpice d’Istres
Pour illustrer son invitation à cette exposition Danielle Souanin a choisi un format marine. Horizon bas, vague déferlante déposant comme un cordon d’algues arrachées des épaves humaines, les derelicts de notre monde. Dans l’angle un couple au moins, peut-être une tête d’enfant, accuse la présence assumée de témoins, délégation de l’auteur. Ce dépôt des horreurs de l’époque est un mystère composé savamment mais en toute franchise. Il en existe plusieurs états ou versions qui attestent de son attachement à cet aspect du destin.
Comment juger de son travail ? Jusque là, j’avais été un dilettante aimant plonger dans un temps passé fictif. Les peintres de la Renaissance en avaient reconstruit un, l’illusion fonctionnait. J’avais réussi à suivre jusqu’à une réalité talentueusement contemporaine, celle de Courbet et Manet, mais maintenant il me fallait sauter un siècle pour être de mon temps. En 1847, Malcolm Lowry était « sous le volcan ». En 2010 le philosophe Michel Onfray aimerait en être un.
SOUANIN est un volcan.
Les métamorphoses de SOUANIN
Comment lire l’oeuvre d’une plasticienne actuelle ? Danielle Souanin magicienne de la chimie organique. Ses souvenirs évanescents, subliminaux, elle les cristallise et obtient des précipitations solides exposées à nos yeux incrédules. Georges Braque, explique « le tableau est fini quand il a effacé l’idée ». Pour mémoriser un tableau il faut le verbaliser comme on décrit un paysage que chaque terme humanise. Au hasard, celui-ci : un profil d’homme aux yeux bandés et décervelé. Une paire de longs gants qui pend. Une tête d’homme statufiée, regard blanc intériorisé. Sur un angle de table une plante d’où poussent des diverticules et où s’inscrit un petit masque, tête de mort enfantine. On n’en sort pas indemne.
En 1980 M. G. Varin affirme : « Un SOUANIN ne se définit pas, il s’impose ».
En guise de conclusion
« L’art moderne exige du public qu’il ait aussi du talent », entend-on souvent. « En réalité, le public doit surtout être disponible, réceptif sans a priori, et alors seulement il aura accès à l’oeuvre ».
Homo sapiens est doué d’une insatiable curiosité. L’homme s’inscrit dans la Nature. L’artiste dans la société, sa niche écologique. Pour satisfaire notre curiosité, quoi de mieux que de s’en tenir à la contemplation de nos semblables les plus créateurs ? Je me suis jadis approché d’une curieuse et prometteuse cousine en art, souhaitant communiquer avec elle, la suivre, observer son épanouissement. Les années ont passé. Magie de l’art, les artistes restent jeunes plus longtemps que les autres. Merci Danielle : tu as su me combler, sans jamais assouvir ma curiosité !
Je remercie chaleureusement les Édiles d’Istres de leur si généreux accueil dans ce cadre merveilleux.
Olivier Georges Pagès
Sans titre, plâtre. 112 cm x 36 cm. Création Danielle Souanin. © ADAGP, Paris, 2026.
Monsieur Roger Reuter, sous-préfet de la ville d’Istres, et son épouse Florence, en présence de Danielle Souanin. © ADAGP, Paris, 2026.
Dans la foulée de notre mutation à la Sous-Préfecture de Roanne, il y eut l'inauguration du Musée de la soie à Charlieu. Rejoignant les officiels, la silhouette d'une femme élégante, de belle allure et au port altier attira mon attention. S'aidant d'une béquille, je lui offris spontanément mon bras, qu'elle accepta avec simplicité. Nous fûmes très vite en communion.
Artiste peintre et sculpteur, elle me proposa de venir découvrir ses œuvres. Arrivée en avance, je me retrouvai seule devant un imposant manoir aux pierres dorées, dont l'immense porte cochère était grande ouverte. Comme aimantée, je pénétrai dans une salle majestueuse où je fus cernée de tous côtés de sculptures grandioses et sublimes. Le choc fut intense : transpercée par l'émotion, je me mis à pleurer. Le coup de foudre fut immédiat et n'a jamais cessé depuis ce jour !
Pour le passage à l'An 2000, Danielle, spécialisée dans la mise en valeur de la "Terre Mère" et l’encensement de la Femme, nous avons organisé, au sein de la Sous-Préfecture de Chalon- sur-Saône une estimable rétrospective de son œuvre, avec de surcroît, sa pièce maitresse : La maquette du "Monument des Droits de l'Homme " somptueuse sculpture de verre, actuellement au musée de Roanne, comme nous informe Jean Auroux sur la page du site "Roanne sa région".
De poste en poste nous avons acquis de nombreuses pièces de Danielle Souanin et je l'ai présentée à d'autres amateurs d'Art chevronnés.
C'est donc naturellement que, pour l’événement « Marseille-Provence 2013. Capitale Européenne de la Culture », je l'ai introduite auprès du maire de Istres, afin que la ville puisse envisager de s’aligner sur les oeuvres présentées par Aix-en-Provence et Arles qui concouraient également avec, elles, un potentiel artistique bien supérieur !
La suite est connue et le long cheminement istréen qui perdure actuellement à permis une conséquente mise en valeur de cette attachante ville méditerranéenne, dont cette artiste - reconnue et cotée - est tombée amoureuse au point de lui faire don d'une majeure partie de son œuvre grandiose.
Florence Reuter, 13 mai 2026.
Madame Reuter devant la maquette du "Monument des droits de l'Homme, Réception à la Sous-Préfecture de Chalon-sur-Saône pour le passage à l'an 2000.
"Je souhaiterais ne pas trop allonger mon propos, désirant conserver à cette cérémonie un caractère plus convivial que protocolaire, plus amical qu'administratif.
Néanmoins, mon épouse Florence et moi, en vous disant le plaisir qui est le nôtre de vous accueillir ce soir, voudrions tout d'abord vous remercier pour la qualité de l'accueil que vous nous avez réservé depuis un peu plus de deux mois que nous sommes installés dans l'arrondissement de Chalon-sur-Saône. Cet accueil a été simple, direct, chaleureux. Nous y avons été très sensibles et nous vous en sommes très reconnaissants.
Mais nous voudrions aujourd'hui surtout vous présenter nos vœux les plus chaleureux pour l'année 2000, année symbole du passage d'un siècle et d'un millénaire.
Et poursuivant le symbole nous avons voulu que ces vœux s'organisent autour des trois statues, œuvres d'une de nos amies, Danielle SOUANIN, qui très gentiment nous a prêté les trois œuvres que vous pouvez découvrir dans ces salons.
Il y a d'abord dans l'entée l'errance non pas celle géographique du corps préfectoral, mais c'est l'errance de l'homme en quête de liberté, en route vers le bonheur.
Il y a dans cette pièce cette jeune femme enceinte qui, si elle apporte la vie, est aussi une réfugiée, exclue du monde auquel elle appartenait puisque l'œuvre a été inspirée par le drame vécu il y a quelques mois à peine à quelques centaines de kilomètres de nous, en Europe centrale et balkanique. Cette jeune femme est elle dans l'espoir, d'un monde plus juste qui lui exprimera davantage de solidarité.
Il y a enfin ce couple sans visage car il est éternel, intemporel, couple homme-femme ou couple d'amis : il est la sécurité qu'offre la route à deux, il est la fraternité qui est une valeur républicaine, mais qui est aussi un sentiment.
Ce sont ces vœux que mon épouse et moi formons pour vous, que cette année 2000 soit pour vous, pour nous tous une année où s'épanouisse la liberté, où s'exprime la solidarité, où règne la fraternité."
Vœux de Monsieur Roger Reuter à la Sous-Préfecture de Chalon-sur-Saône pour le passage à l'an 2000.
Création Danielle Souanin.© ADAGP, Paris, 2026.
© ADAGP, Paris, 2026.
Dessins dans la donation de Danielle Souanin à la ville d'Istres :
Adolescent, 1968. Dessin crayon sur papier, 65 x 50 cm.© ADAGP, Paris, 2026.
Étude, 1967-1968. Dessin crayon sur papier 65 x 50 cm © ADAGP, Paris, 2026.
Étude 5, 1967-1968. dessin crayon sur papier, 50 x 65 cm © ADAGP, Paris, 2026.
Étude 4, 1967-1968. Dessin crayon sur papier, 50 x 65 cm. © ADAGP, Paris, 2026.
Tête, 1967-1968. Dessin crayon sur papier, 50 x 65. © ADAGP, Paris, 2026.
Étude de nu 1, 1967-1968. Dessin crayon sur papier. 65 x 50 cm. © ADAGP, Paris, 2026.
Nu à la chaise 1, 1968. Dessin crayon sur papier, 65 x 50 cm. © ADAGP, Paris, 2026.
Nu au déshabillé, 1967-1968. Dessin crayon sur papier, 65 x 50 cm. © ADAGP, Paris, 2026.
Sans titre, 1968. Dessin crayon sur papier, 65 x 50 cm. © ADAGP, Paris, 2026.
La pose, 1967-1968. Dessin crayon sur papier. 65 x 50 cm © ADAGP, Paris, 2026.
Sans titre, 1967-1968. Dessin crayon sur papier 65 x 50 cm © ADAGP, Paris, 2026.
Couverture du livre Passage de Sylvie Brice, 2015. Edition : Studio D2V - ROANNE, Jérome Aubanel
2018 : Les Cahiers de la Donation. Edition : Studio D2V - ROANNE, Jérôme Aubanel.
Peplum, 1996. Technique mixte sur toile, 180 x 90 cm. Collection Ville d’Istres, France. Création Danielle Souanin. © ADAGP, Paris, 2026.
La moisson, 1996. Technique mixte sur toile, 180 x 90 cm. Collection Ville d’Istres, France. Photographie Jérôme Aubanel, Roanne. Création Danielle Souanin. © ADAGP, Paris, 2026.
La femme sans tête, 1996. Technique mixte sur toile, 180 x 90 cm. Collection Ville d’Istres, France. Création Danielle Souanin. © ADAGP, Paris, 2026.
La vague, 1977. Acrylique sur toile, 97 x 162 cm. Collection Ville d’Istres, France. Photographie Jérôme Aubanel, Roanne. Création Danielle Souanin. © ADAGP, Paris, 2026.
Vigilance, 1976. Acrylique sur toile, 160 x 130 cm. Collection Ville d’Istres, France. Photographie Jérôme Aubanel, Roanne. Création Danielle Souanin. © ADAGP, Paris, 2026.
Hommage à Louise Michel / La vierge rouge, 1994.Huile sur toile, 89 x 116 cm.Collection Ville d’Istres, France. Création Danielle Souanin. © ADAGP, Paris, 2026.
Les déportés, 1977. Technique mixte sur toile, 87 x 117 cm. Collection Ville d’Istres, France. Création Danielle Souanin.© ADAGP, Paris, 2026.
Le poulpe, 1991. Acrylique sur toile, 115 x 89 cm.
Collection Ville d’Istres, France. Photographie Jérôme Aubanel, Roanne. Création Danielle Souanin.© ADAGP, Paris, 2026.
Temps de conscience, 1977. Acrylique sur toile, 162 x 96 cm. Collection Ville d’Istres, France. Photographie Jérôme Aubanel, Roanne. Création Danielle Souanin. © ADAGP, Paris, 2026.
Le couple à la cape, 1995, Plâtre patiné, 88 x 70 cm. Collection Ville d’Istres, France. Photographie Jérôme Aubanel, Roanne. Création Danielle Souanin.
© ADAGP, Paris, 2026.
La graine, 1992. Plâtre, 273 x 127 cm. Collection Ville d’Istres, France. Photographie Jérôme Aubanel, Roanne. Création Danielle Souanin. © ADAGP, Paris, 2026.
La femme Kanak, 1993. Huile sur toile, 100 x 100 cm. Collection privée, France. Photographie Jérôme Aubanel, Roanne. Création Danielle Souanin. © ADAGP, Paris, 2026. ( hors donation ).
L’enfant et la solitude, 1990. Huile sur toile, 81 x 116 cm. Collection Ville d’Istres, France. Création Danielle Souanin. © ADAGP, Paris, 2026.
Djaoua, pêcheur kanak, 1992. Plâtre patine médaille, 125 x 37 cm. Photographie Jérôme Aubanel, Roanne. Création Danielle Souanin. © ADAGP, Paris, 2026.
L’homme des sables, 1999.
Plâtre, patine or, 265 x 57 cm. Collection Ville d’Istres, France. Photographie Jérôme Aubanel, Roanne. Création Danielle Souanin. © ADAGP, Paris, 2026.
La porte de Marrakech. Création Danielle Souanin. © ADAGP, Paris, 2026.
Photomontage, Olivier Colombet, 2012
( hors donation ).
La limace de mer, 2013. Huile sur toile, 200 x 200 cm. Collection Ville d’Istres, France. Création Danielle Souanin. © ADAGP, Paris, 2026.
La mangrove, 2013. Acrylique sur toile, 200 x 200 cm. Collection Ville d’Istres, France. Création Danielle Souanin. © ADAGP, Paris, 2026.
Confidence, 2013. Technique mixte sur toile, 200 x 200 cm. Collection Ville d’Istres. Création Danielle Souanin. © ADAGP, Paris, 2026.
La source, 2014-2015. Technique mixte sur toile, 200 x 200 cm. Collection privée, France. Création Danielle Souanin. © ADAGP, Paris, 2026.
Les adolescents, 1994. Huile sur toile, 161 x 97 cm. Collection Ville d’Istres, France. Création Danielle Souanin. © ADAGP, Paris, 2026.
Pagination, 1981. Huile sur bois, 179 x 122 cm. Collection Ville d’Istres, France. Création Danielle Souanin. © ADAGP, Paris, 2026.
Souanin face au monde
Le présent ouvrage est un jalon essentiel, non pas seulement pour documenter une oeuvre, mais pour nous questionner nous-mêmes, acteurs institutionnels et culturels, sur notre capacité à être au rendez-vous de l’histoire, à jouer notre rôle de sentinelles et de passeurs du sens de notre époque.
Souanin est unique. L’oeuvre de Souanin. Le cas Souanin. En effet, nous avons entre les mains l’indice solide de plusieurs décennies d’une production qui aurait pu, à très peu de chose près, rejoindre la cohorte des chefs-d’oeuvre inconnus. Lorsque ceux-ci se trouvent au bout du monde, inextricables comme autant de Machu Pichu ou de belles endormies, cela peut se comprendre, s’excuser. Mais Souanin est bien là, vivante, productrice, éternellement féconde comme une Artémis, ou mieux, une Gaïa, dont nous n’aurions très bien pu ne pas connaître la foisonnante descendance, celle de son oeuvre. Et j’en reviens forcément à ma question initiale au regard du monde institutionnel : peu sont ceux qui ont écrit sur Souanin, trop peu sont ceux qui ont montré Souanin. Si la rencontre, totalement hasardeuse et romanesque, avec la Ville d’Istres n’avait jamais eu lieu, ce coin essentiel de voile n’aurait peut-être jamais été levé et un pan entier d’art, de culture aurait été ignoré.
Souanin n’est pas l’enfant du pays qu’Istres célèbre comme le font tant d’autres territoires. Il en a été tout autrement. Souanin a rencontré Istres comme deux âmes peuvent se rencontrer sans signes avant-coureurs, sans raisons, sans pourquoi. Pour autant, cette rencontre a ouvert d’immenses possibles. Parce que c’était Istres. Parce que c’était Souanin.
Souanin a fait donation d’une partie de son oeuvre à la Ville d’Istres et la Ville a commencé à montrer son travail à partir de 2013, année charnière de la Capitale Européenne de la Culture. Depuis lors, la boîte est ouverte, non pas comme celle de Pandore répandant ses maux, mais au contraire comme le terrier du lapin d’Alice au Pays des Merveilles. Depuis lors, les pièces s’assemblent comme un puzzle immense sans bords, chaque peinture, chaque sculpture, chaque dessin déterminant un nouveau motif, comme un mandala en expansion permanente. Tout y est cohérent. Souanin n’a pas expérimenté au sens contemporain, elle n’a pas joué de manière vaine ou formelle avec les matériaux et les supports, elle n’a recherché ni la mode, ni la validation de la tendance. Elle n’a pas non plus enfermé son oeuvre dans la recette ou la redondance, elle n’a jamais cherché à faire Souanin.
Voilà donc où nous en sommes : nous découvrons une oeuvre immense qui n’a jamais cherché les deux facilités qui font le succès : la mode et la recette.
Mais dès lors : où étions-nous ? Chercheurs, intellectuels, historiens, institutions. Sans cette rencontre avec Istres, sans cet acte de Souanin autorisant le monde à disposer de son oeuvre, elle nous aurait peut-être échappé.
Souanin est en vie : non seulement elle nous ouvre accès à une production plastique, majeure, mais elle peut également répondre aux questions qui nous assaillent pour tenter d’aborder une oeuvre dont la force n’a que peu d’égales.
Souanin n’est pas un Frenhofer tournant autour d’une beauté dont il ne parvient à rendre qu’un maelström de sensations et de couleurs. Le personnage de Balzac finit par détruire son oeuvre et à se détruire lui-même là où Souanin a toujours construit, s’est toujours construite.
Il convient de remercier ceux qui ont accompagné Souanin de leurs textes depuis le début et qui ont compris, avant les autres, bien avant que l’évidence de son oeuvre s’impose à l’histoire, que nous avions des ressources esthétiques immenses à y puiser
Pour l’heure, nous sommes en 1911 et le Machu Pichu vient d’être découvert. Il a surgi aux yeux de Bingham comme Souanin surgit aux nôtres aujourd’hui. Soyons-en les contemplateurs émerveillés. Mais soyons-en également les passeurs, les commentateurs, les témoins. L’avènement de Souanin dans ce que nous dirons de l’art français de la fin du XXème siècle et de sa charnière avec le XXIème est une nécessité.
Remercions Souanin pour avoir si puissamment posé son oeuvre et remercions toutes celles et ceux qui ont contribué à lui rendre son destin.
Rémi Esnault,
Directeur de Cabinet du Maire de Fos-sur-Mer après 10 années consacrées à la culture à Istres, 9 mai 2021.
Verts lointains, 2010. Huile sur toile, 146 x 114 cm.Collection Ville d’Istres, France. Création Danielle Souanin. © ADAGP, Paris, 2026.
Mouvement et liberté, 1972. Huile sur bois, 130 x 70 cm. Collection Sous-Préfecture Ville d’Istres, France. Création Danielle Souanin. © ADAGP, Paris, 2026.
Oeuvre sélectionnée et acquise par la Sous-préfécture d'Istres en 2010
( Hors donation )