" Lorsqu’on a perdu une fois sa terre, on ne trouve l’autre que dans son coeur. "
Danielle Souanin, décembre 1974.
Fouka, littorale.
Champ de chrysanthèmes à Fouka. Photo novembre 1934.
Dans le champ de Chrysanthèmes à Fouka, 1982 -1983. Huile sur toile, 120 x 160 cm.
Mariage d’Aline Jannin et Léonce Souanin le 21 janvier 1933. Danielle naîtra de leur union le 24 avril 1934.
Danielle peint sa mère à l’âge de 15 ans. Huile sur bois
Aline Jannin, née le 4 janvier 1914, épouse Léonce Souanin le 21 janvier 1933. Aline décèdera le 13 septembre 1934, laissant Danielle orpheline de mère à l’âge de cinq mois.
Brigitte Averseng
Danielle Souanin,
"Une Ecorchée Vive ou Une Ecorchée par la Vie ? Je ne saurais choisir entre les deux, mais, pour Danielle Souanin, la jeune fille ou la future femme, c'est toute une histoire...
Une histoire qui commence en 1934, en Algérie, par un drame: sa mère l'a mise au monde il y a cinq mois déjà quand elle se plaint de plus en plus de douleurs abdominales ou plutôt elle ne se plaint pas ! Elle en parle cependant à sa cousine Odette, ma mère, alors qu'elle n'ose pas en parler à sa propre mère. De peur de quoi ? Je l'ignore; mais quand elle est finalement prise en charge par le médecin de famille, ce dernier diagnostique un ventre de bois et le verdict tombe: péritonite sur appendicite. C'est la mort assurée à l'époque, car les antibiotiques n'existaient pas encore et les chirurgiens n'opéraient jamais à chaud.
J'ai bien connu la vie de Danielle, tant au Maroc (Meknès) qu'en Algérie (Fouka, dans le département d'Alger, notre village natal), ainsi qu'à Paris où nous sommes toujours restés en contact.
Ceci me permet de m'exprimer ici à son sujet.
Danielle est donc élevée par sa grand-mère et reste proche de ma mère, qu'elle aimait et estimait beaucoup. Mais sa mère qu'elle n'a pas eu le temps de connaître lui manque et lui manquera toujours...
Elle cherche donc refuge auprès de ses amis.
A Meknès: Camille, Gérard, José ..., d'origine corse, et Claude.
A Fouka: René et André Mathey,... des modèles pour elle, toujours présents dans ses pensées.
Mais les ruptures s'enchaînent; sa famille l'éloigne; ce sera Paris, puis la Suisse. La peinture l'aide à supporter tous ces changements de vie, qui ont pour conséquence que Danielle est déplacée sans cesse et n'a pas de relationnel en Algérie, elle est isolée. C'est alors qu'elle rencontre François à Paris, qu'elle ne situe pas. Heureux hasard, leurs terres sont voisines dans la Mitidja !
Je me souviens parfaitement de nombreuses discussions familiales, au cours desquelles on incitait ma cousine à se défendre. Contre son père? Avec l'aide de qui? Il faut rappeler que l'autorité paternelle et les droits de tutelle s'exerçaient jusqu'à l'âge de vingt et un ans. Une fille ne pouvait donc rien faire seule... il eût été moral que le conseil de famille intervienne à ses 18 ans auprès du tuteur afin que soit officiellement acté la mainlevée et que Danielle puisse recouvrer ses droits à sa majorité. Mais rien ne fut fait et son père continua de gérer ses biens jusqu'a l'indépendance.
Cela entraînera pour Danielle de fâcheuses conséquences matérielles ainsi qu'un profond isolement affectif. Elle sera rejetée par sa famille du côté paternelle de sa mère qui lui en veut de ne pas avoir fait ce qu'ils auraient dû faire eux-mêmes, et méprisée par sa famille paternelle. Pourtant, il nous a été donné à tous de constater qu'elle ne laissera aucun de ses proches dans le besoin. À l'indépendance elle recevra à son domicile à Paris, le femme de son père et ses demi-soeurs pendant près de 3 ans. Elle restera dans l'entraide et le partage.
Son mari François ne fut pas des plus élégants; elle demande le divorce en 1964 et obtient la garde de leurs deux enfants.
Elle reconstruira sa vie avec le Dr Jean Hartmann, médecin des Hôpitaux de Paris, avec qui elle vivra quarante-trois ans. Un homme qui faisait l'unanimité par son savoir et sa culture, son humour, sa convivialité et son humanisme inégalables. Je crois que malgré une certaine différence d'âge, Jean et Danielle vivaient en parfaite fusion et que leurs caractères opposés se complétaient: lui plutôt introverti, elle plutôt extravertie. Ils avaient en commun le même recul et silence intérieur.
Et coïncidence, lorsque Jean prend sa retraite, Danielle est indemnisée d'un important dossier des rapatriés qui leur permettront de s'expatrier et de perfectionner son œuvre par la création d'une fonderie d'art. Ils jettent leur dévolu sur le domaine de Pailleron, dans la Loire, une habitation si particulière avec sa charpente vertigineuse de hauteur, qui semblait n'attendre que d'être peuplée par les monumentales œuvres sculptées de Danielle !!
C'est là aussi qu'ils s'occuperont pendant plus de quatre ans d'une tante de Danielle, grabataire, privée de l'usage de ses 4 membres et privée de la parole... Puis ce sera au tour de Jean de tomber malade ...
Danielle Souanin, l'artiste, en tant que auteur de ses différentes œuvres, je la connais moins bien...
Je l'ai découverte peintre à Paris avec ces multiples tableaux de femmes aux yeux noircis représentant l'infini, des yeux comme vidés de leur contenu, témoignant de l'angoisse du néant, tableaux que je ne savais comment interpréter.
Je l'ai par la suite connue comme sculpteur avec ces énormes sculptures montant très haut dans le ciel comme des cathédrales, avec des drapés enveloppant des formes très féminines.
Je sais que Jean a été constamment présent à ses côtés et toujours curieux et admiratif des talents de sa femme.
Les nouvelles œuvres de Souanin pour l'exposition d'Istres en 2013 me font dire ceci en tant que personne béotienne au niveau artistique: si j'avais possédé des œuvres de Danielle Souanin à ses débuts, j'aurais peut-être hésité, à l'époque, à les exposer dans ma maison, parce que, je l'avoue, certaines m'angoissaient.
Maintenant, au vu de ses nouvelles peintures et sculptures, je voudrais pouvoir aussi bien exposer ses premières œuvres que les dernières : est-ce que je commencerais moi aussi à comprendre l'art ?
Voilà ce que j'avais envie de vous raconter à propos de ma cousine, Danielle Souanin, espérant apporter ma pierre à la construction de ce livre; je l'ai fait aussi en souvenir de ma mère, comme elle aurait aimé le faire. »
J.F Lachaize, Maître en biologie humaine, section anatomo-pathologie.
extrait du livre "Passage" du docteur Sylvie Brice.
Jean-François Lachaize, Secrétaire de l'association.
Couverture du livre Passage de Sylvie Brice, 2015. Edition : Studio D2V - ROANNE, Jérome Aubanel
Propriété d’Aline Jannin, Attatba département d'Alger.
Photo de 1982.
Fouka de ma fenêtre, 1955. Huile sur carton entoilé, 46 x 38 cm. Photographie Jérôme Aubanel, Roanne.
La maison de Madame Mathey vu de la fenêtre de Danielle Souanin, village de Fouka, Algérie.
" La maison de Madame Mathey et ses deux fils, André et René. Une famille de coeur et mes modèles pour toujours ".
Danielle Souanin
Madame Mathey, René Mathey à gauche, André Mathey à droite et Danielle Souanin. Montage de Danielle Souanin, 1953.
Adolescence à Mecknès au Maroc ( 1945 - 1949 ).
Marie-Antoinette Susini
D’une nature assez sensible, j’étais un peu en retrait, j’observais. Mon regard d’adolescente sur le groupe d’amis de mon frère Camille, avec Robert, Claude, Gérard et José, me permet aujourd’hui de dresser un portrait de leur « égérie », comme le disait Camille, Danielle la seule fille de ce groupe.
L’élégance, la gentillesse, la courtoisie et le savoir vivre de Danielle, témoignaient la joie qu’elle avait de se retrouver parmi ses fidèles amis, la fratrie qui l’avait choisie.
Cependant, ses toilettes élégantes et cette gentillesse ne permettaient pas d’effacer cette souffrance inscrite au plus profond de son âme, un malaise constant, profond, qui dépassait les adolescents qu’ils étaient. Cette souffrance a été renforcée par l’éloignement forcé et définitif de cette fratrie, un arrachement à ce bonheur qu’elle avait enfin trouvé. On arrachait Danielle de nouveau de ce qui pouvait la construire. Je suis sûre aujourd’hui que ce fut la période la plus positive de sa vie.
Marie-Antoinette Susini
Pierre Jannin, une amie, Camille, Danielle et Loïc
Camille et Gérard
Aïn-Aïcha, Haut plateau du Rif marocain, ferme viticole de A. J.
( Danielle Souanin ) Mémoire vive / Lumière du Rif, 1969. Huile sur toile, 38 x 46 cm. Photographie Jérôme Aubanel, Roanne.
Paris, de 1950 à 1955
Élèves de la pension les grands Huguenots, Paris.
Au Maroc, Marthe Jannin, Danielle Souanin et Sarah
Élèves de la pension Préalpina, Chexbres, Suisse.
Marc et Brigitte Agverseng, les enfants de Danielle Souanin.
Un ami en vacance dans la campagne Normande.
Danielle Souanin et sa fille Brigitte Averseng été 1975-1976.
Jardin de l'artiste, Loire, France :
Marc Averseng
Brigitte et Adrien Averseng
Henri Bergeron-Besson dans son atelier avec Marthe Bergeron.
Henri Bergeron-Besson, préparation au Prix de Rome, 1933-1934. Son oeuvre conséquente disparu de Fouka en 1959.
Portrait d’Aline Jannin-Besson en 1935 par Henri Bergeron, son cousin germain. Huile sur toile, 61,2 x 49,5 cm.
Anne Lachaize-Besson. Lagune, 2023. Acrylique sur toile. 60 x 50 cm.
Anne Lachaize-Besson. Ancre marine, 2025. Acrylique sur toile. 30 x 30 cm.
Anne Lachaize-Besson. Lumière du Brusc. Acrylique sur toile.
« La route de Soi de Souanin » Textes d’Olivier Pagès, Photos de Jérôme Aubanel. Edition : Studio D2V - ROANNE, Jérome Aubanel, Photos Jérôme Aubanel
Danielle Souanin aujourd'hui :
L'évidence gestuelle de la création ne se dissimule pas sous les coquetteries de factures, elle nous invite à entrer dans la danse, à mimer ses grimaces pour comprendre par sympathie , la fiction de l'autre devient réalité si je peux me l'approprié, c'est la naissance du mythe impliquant la complicité du spectateur devenu participant : une pensée se pense comme une pensée, non comme un réel, mais une image est un signe du réel.
Olivier Gœrges Pagès
Danielle Souanin dans son atelier ( Photographie, page 32 du livre « La route de Soi de Souanin » ).